Pour la première fois depuis que Ronnie Coleman a remporté le Sandow en 1998, un compétiteur l'a surclassé au niveau du dos. Ce compétiteur était Jay Cutler: on pouvait voir à quel point il avait progressé sur le plan du développement musculaire chaque fois que les deux athlètes se mesuraient dans une pose de dos. C'était un véritable exploit que beaucoup n'auraient jamais pu imaginer et Coleman, avec sa masse phénoménale et le relief stupéfiant de ses dorsaux, trapèzes et milieu du dos, était bien loin d'avoir gagné d'avance dans cette pose.
Toutefois, au final, même cet avantage de Cutler n'a pas suffi à mettre fin au règne de Coleman qui a été déclaré vainqueur pour la huitième fois consécutive, égalant du coup le record des titres Olympia de Lee Haney.
Dans son ensemble, cette édition d'Olympia a certainement eu droit à son lot d'affrontements, de rebondissements et de polémique. Dès l'ouverture des épreuves de la soirée, lorsque le powerlifter Gene Rychalik est monté sur scène pour essayer de battre son record de tous les temps au développé couché avec 460 kg - et qu'il s'est retrouvé écrasé par la barre quand sa tentative a complètement dérapé - on n'a connu que le délire. Dans les coulisses, des athlètes mécontents protestaient contre la soi-disant "interdiction des gros ventres" qui ne semblait pas avoir la moindre incidence sur les notes attribuées. David Henry et Kris Dim, avec leur taille de guêpe, se retrouvaient exclus du top 10; Darrem Charles, le bodybuilder le plus négligé de tous, était relégué à la neuvième place
(alors qu'il aurait pu fort bien prétendre à la troisième) et, une fois de plus, le groupe des six finalistes était dominé par les monstres de masse: le puissant Dennis James faisait sixième, le massif Günter Schlierkamp faisait quatrième et, bien sûr, Coleman et Cutler grimpaient sur les deux premières marches du podium. (Les places du milieu ont été attribuées à Victor Martinez, ravi d'être cinquième, et à Gustavo Badell qui s'est maintenu en troisième position pour la deuxième année de suite, succès dont il peut être fier à juste titre).
Dans le cadre de la finale, la deuxième édition du Challenge round s'est déroulée sous l'oil de juges qui étaient d'anciens champions Olympia: Larry Scott, Sergio Oliva, Frank Zane, Samir Bannout et Dorian Yates. Ce round a été un peu gâché par quelques difficultés techniques, mais finalement, c'est Gustavo Badell qui l'a remporté, empochant également 25 000 dollars en récompense de ses efforts. Chose intéressante, au cours de ce round (qui ne comptait pas dans le classement général), Coleman a perdu quelques poses, dont une pose de triceps contre Cutler et contre Badell, ainsi que l'épreuve subsidiaire qui consistait en diverses poses entre Badell et lui-même.
Parmi d'autres résultats notoires obtenus lors du 40e anniversaire du plus grand concours de bodybuilding, soulignons le classement du Jordanien Mustafa Mohammad parmi les 10 finalistes, la prestation de Branch Warren, huitième, qui continue sur sa lancée - il a remporté deux concours pros le mois dernier - et la 7e place raflée par Melvin Anthony. Arnold Schwarzenegger, le gouverneur de Californie, était également présent. Il est monté sur scène avec Joe Weider qui a été ovationné debout à l'issue de l'allocution que les deux hommes ont prononcée devant une salle comble.
Ce concours a connu un épilogue assez semblable à celui des sept précédents: subjugué par son moment de triomphe, Coleman s'est effondré de nouveau au sol. Pourtant, les événements qui trouvaient là leur aboutissement avaient été tout, sauf ordinaires. Voilà un concours Olympia dont on parlera pendant longtemps, en bien ou en mal, dans les milieux du culturisme!
Par Michael Berg, rédacteur en chef technique de FLEX |